5.17.2009

LE VIEUX SAGE

« En Afrique, lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle »
Amadou Ampathé Bâ

1er-01-2007
Venus tels des colons, apporter en terres sauvages la civilisation,
Nous avons débarqué en nombre, pour construire une bibliothèque,
Bâtiment de pierres et de fer.
En ignorant que l’Afrique possède déjà ses propres bibliothèques,
Des murs de chairs et de sang,
Des ouvrages écrits par la main du temps,
Quatre-vingt six ans exactement.

Ici, nul besoin de ticket, ni d’abonnement
Entrez simplement dans la petite case
Attention, la porte est basse
Il faut légèrement baisser la tête.
Point d’étagères, point de tables, ni de chaises
La lecture se fait à même le sol.
Mettez-vous à l’aise,
Vous êtes le bienvenu - toujours.

Assis dans un coin de la pièce
La pâle lumière de la lampe à pétrole posée au milieu,
Laisse à peine deviner les contours de ses deux yeux qui scrutent les visiteurs.
C’est le vieux sage.

Baissez-vous encore,
Il faut se porter à sa hauteur.
De ses deux mains, il enserre votre poignet
Et vous laisse plonger dans son regard.
Sensation d’intense fragilité et d’énergie.

« Voici Papou, c’est un français » lui dit-on, en me présentant
- Comment ? demande le vieux maure
- Il fait parti du groupe venu de France, rajoute notre intermédiaire
- Oui, j’entends bien, mais il n’est pas français. Aujourd’hui, vous, toutes et tous êtes des africains. Le seul français ici, c’est moi.

Ça y est, le lien est créé,
Vous êtes le fils, il est le père
Vous êtes le descendant, il est l’aïeul
Ouvrez grandes vos oreilles, le voyage à commencé.

Papou

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